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LATOSA® PINOY COMBAT ESCRIMA · RECHERCHE · TRES, TRES

La boîte de LEGO : de la compréhension des principes à la naissance du Tres, Tres

Le parcours d’Alessandro Fantini. Une histoire de recherche, d’expérimentation et de développement des principes du Latosa Escrima.

Temps de lecture estimé · 19 min

Dans cet article
Personnage d'arts martiaux en briques tenant un bâton devant des briques rouges et noires

La boîte de LEGO

Aujourd’hui, j’aimerais vous raconter une histoire. Elle a commencé il y a de nombreuses années, lorsque je me suis mis à étudier, expérimenter et approfondir les principes et concepts du Latosa Escrima grâce à l’enseignement de mes maîtres : René Latosa, Bernd Schubert, Bill Newman et Marcus Bartolomé.

Au cours de mes premières recherches, j’ai compris une chose essentielle : les principes du Latosa Escrima pouvaient se combiner sans perdre leur identité propre. C’était comme une grande boîte de LEGO. Chaque brique avait sa couleur, sa forme, ses dimensions et sa fonction. Isolée, elle n’était qu’un élément et non une construction complète. Mais en apprenant à reconnaître ses caractéristiques et à l’associer aux autres, on pouvait bâtir une maison, un pont, une tour ou une forteresse. Tout dépendait de la compréhension de l’usage des pièces.

Pour moi, le Latosa Escrima fonctionnait exactement ainsi. René Latosa n’enseignait pas simplement une série de techniques à reproduire mécaniquement. À travers les mouvements, il révélait des principes et des concepts que l’élève devait reconnaître, comprendre et appliquer. La différence était fondamentale : si l’on comprenait le principe, on pouvait le développer ; en copiant seulement le mouvement, on restait prisonnier de sa forme.

Cette conscience a progressivement transformé ma manière d’étudier. Je ne voulais pas seulement répéter ce que j’avais vu en cours ou en stage. Je voulais savoir pourquoi un mouvement fonctionnait, dans quelles conditions il pouvait servir et comment il se reliait aux autres éléments du système. J’ai commencé à construire ma propre base de recherche, puis à y poser les premières briques. Un concept se reliait à un autre, un mouvement en engendrait un second, et une solution pouvait évoluer selon la distance, le temps, l’angle ou la réaction de l’adversaire. J’édifiais peu à peu une forteresse personnelle : non pas une structure fermée et immuable, mais une construction capable de s’agrandir et de s’adapter avec l’expérience.

Boîte fictive de jeu de construction inspirée du Latosa Pinoy Combat Escrima
Illustration conceptuelle, pas un produit officiel LEGO®.

Comprendre les principes, ne pas collectionner les techniques

Avec les années, j’ai compris que connaître beaucoup de techniques ne signifiait pas nécessairement savoir combattre. Une technique peut être correctement exécutée pendant un exercice sans être utilisable quand l’adversaire réagit, change de distance, modifie son timing ou tente de nous frapper.

J’ai donc porté toujours davantage mon attention sur les principes fondamentaux. Puissance, vitesse, timing, équilibre, distance, contrôle, concentration et attitude ne devaient pas être considérés séparément. Ils faisaient partie d’une structure unique. La technique n’était qu’une manifestation possible de ces principes. Mon objectif était de comprendre le fonctionnement de cette structure, non de mémoriser un nombre croissant de mouvements.

Mes recherches m’ont conduit à essayer diverses combinaisons pour observer comment les concepts du Latosa Escrima pouvaient passer de l’un à l’autre. Chaque combinaison devait avoir sa raison d’être. Je ne cherchais pas à multiplier les gestes pour compliquer le système, mais à éliminer ce qui me semblait superflu et à conserver ce qui pouvait être concrètement utile. À mes yeux, faire évoluer un système martial ne consiste pas à y ajouter sans cesse des techniques, mais à approfondir la compréhension des principes qui le soutiennent.

La naissance du Tres, Tres

C’est de ce long travail d’étude et d’expérimentation qu’est né mon Tres, Tres. Je ne l’ai pas conçu pour remplacer le Latosa Escrima, mais comme ma propre manière d’organiser et d’interpréter les principes que j’avais appris.

J’ai étudié les relations entre neuf concepts : De Fondo, De Campo, Fondo Fuerte, Redonda, Crusada, Abaniko, Sonkite, Saloon et De Cuerdas. Ils ne formaient pas neuf compartiments isolés, mais neuf possibilités de travail susceptibles de se rejoindre, de se superposer et de se transformer pendant le combat. Une action pouvait commencer par un concept et se prolonger par un autre, selon la situation.

Le Tres, Tres répondait ainsi au besoin d’organiser ces liens dans une structure qui permettrait au pratiquant de comprendre les possibilités du mouvement plutôt que de reproduire des enchaînements préétablis. Encore une fois, je retrouvais les LEGO : les briques venaient des enseignements de mes maîtres, tandis que la construction résultait de mes recherches personnelles.

Boîte à outils illustrée avec équipements d'entraînement et neuf concepts d'Escrima
La boîte à outils : une représentation créative des principes.

L’expérimentation et la confrontation

Au fil des années, j’ai essayé de vérifier mes études en me confrontant à des pratiquants et à des combattants issus d’expériences martiales différentes. Je voulais comprendre comment les principes du Latosa Escrima fonctionnaient face à des personnes qui n’utilisaient pas forcément les mêmes techniques, distances ou stratégies.

Ces confrontations m’ont aidé à reconnaître les possibilités, mais aussi les limites de certaines applications. Un mouvement qui marche parfaitement avec un partenaire coopératif peut devenir bien plus difficile face à une véritable résistance. C’est pourquoi je juge indispensable de distinguer la démonstration technique de l’expérimentation du combat. Les deux ont une valeur pédagogique, mais n’apportent pas les mêmes informations : la démonstration illustre un principe ; la confrontation dynamique montre comment celui-ci se comporte lorsque les conditions évoluent.

L’expérience hors de la salle d’entraînement

Une part importante de mon expérience personnelle s’est aussi développée en dehors des arts martiaux. Dans ma vie professionnelle, j’ai travaillé comme contractor, dans des situations et des environnements où la perception du risque, le jugement et la maîtrise de mes réactions avaient une signification très concrète.

Ces expériences ont profondément influencé ma vision de la défense personnelle. En salle, nous pouvons connaître notre partenaire, fixer les règles et interrompre l’exercice si nécessaire. À l’extérieur, les conditions peuvent être imprévisibles. J’ai donc toujours accordé une grande importance à la reconnaissance du danger, à la gestion de la distance, au maintien de la lucidité et à la prise de décision sous pression.

Je ne considère pas mon expérience professionnelle comme une preuve automatique de l’efficacité d’une technique martiale. C’est plutôt l’une des expériences qui ont orienté mes recherches vers la simplicité, l’adaptabilité et la gestion de l’imprévu.

Le combat en plein contact

Le combat en plein contact a représenté un autre domaine important de mes expérimentations, y compris avec des équipements de protection et des armures employés dans le combat historique. Il m’a permis d’observer certains principes dans une situation d’opposition véritable.

Quand un adversaire cherche réellement à vous frapper, la perception de la distance, la gestion du temps et la capacité d’exécuter un mouvement changent. La pression physique et mentale peut profondément modifier le comportement d’un combattant. C’est pourquoi j’ai toujours considéré les simulateurs et les protections comme des outils indispensables pour un entraînement réaliste, dans les limites nécessaires à la sécurité.

Naturellement, un combat sportif ou réglementé ne reproduit pas toutes les conditions d’une agression réelle. Il permet néanmoins de mettre à l’épreuve des aspects fondamentaux qui apparaissent difficilement dans le seul travail coopératif. Cette conviction est devenue l’un des piliers de mon Académie d’Armes.

Rome, 2019 : l’échange avec René Latosa

En 2019, j’ai eu l’occasion de passer du temps avec mon Grand Master René Latosa lors de sa visite à Rome. Ce moment a été particulièrement important, car j’ai pu lui présenter directement certains résultats de mes années de recherche.

Au cours d’un entraînement privé, René m’a demandé de développer deux principes que je jugeais essentiels : « Toucher sans être touché » et « Être à mesure sans se trouver à la mesure de l’adversaire ». Ils constituaient une part centrale de mon étude de l’escrime. Il ne s’agissait pas simplement d’être plus rapide, mais de comprendre les relations entre distance, temps, trajectoire et mouvement.

Je lui ai expliqué que mes recherches portaient sur la trigonométrie appliquée à l’escrime, la géométrie des déplacements et la balistique des coups. Une distinction me semblait importante, celle entre ligne d’attaque et angle d’attaque. La ligne définit la direction suivant laquelle l’attaque se développe ; l’angle désigne l’orientation depuis laquelle elle est portée. Modifier l’angle peut changer les possibilités offensives et défensives, même si la distance apparente entre les combattants demeure comparable.

On peut étudier ce même principe à travers les déplacements de l’escrime, les avances, les retraites et les pas angulaires. Je lui ai expliqué que des principes géométriques relatifs à la mesure et aux trajectoires existaient déjà dans l’escrime italienne du XVIe siècle, notamment dans les traités consacrés au combat à l’épée et à la dague.

Les liens avec l’escrime européenne

Pendant notre discussion, j’ai évoqué un lien historique que je trouvais intéressant. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, durant la période coloniale espagnole aux Philippines, les traditions européennes d’escrime sont entrées en contact avec les pratiques locales de combat.

Selon mon interprétation, certains systèmes philippins pourraient avoir assimilé des principes semblables à ceux de l’escrime européenne, surtout concernant la mesure, les trajectoires et la possibilité de toucher sans être touché. Ces connaissances auraient pu rejoindre certaines traditions familiales et être transmises comme patrimoine réservé.

Je n’affirme pas que toute l’escrime philippine descend de l’escrime européenne. Je considère plutôt qu’il est intéressant d’étudier les relations et les échanges possibles au fil des siècles, en distinguant les faits documentés des interprétations qui exigent davantage de recherches. Je voulais comprendre comment des principes géométriques semblables pouvaient apparaître dans différentes traditions d’escrime.

Le jeu de jambes de René Latosa et la boxe américaine

Au cours de notre échange, René m’a apporté une précision importante sur sa manière de se déplacer. Outre l’escrime philippine enseignée par ses maîtres, il avait aussi étudié la boxe américaine. D’après son récit, son jeu de jambes était presque entièrement influencé par la boxe ; il chiffrait cette influence à 99 %.

Il m’a dit que les déplacements organisés selon le schéma de l’astérisque provenaient eux aussi principalement de la mécanique de la boxe américaine. La même influence se retrouvait dans la structure et la dynamique de ses frappes.

Cette explication m’a beaucoup intéressé. D’un côté, le travail de René, fortement marqué par la boxe. De l’autre, mes recherches sur les déplacements de l’escrime européenne, le contrôle de la mesure et les angles. Je n’y voyais pas nécessairement une opposition : il s’agissait de différentes manières d’organiser le mouvement à partir de principes communs.

La roue du chariot : mon Fondo Fuerte

À un moment donné, René m’a demandé comment je définirais et représenterais mon Tres, Tres. J’ai répondu par une image très simple : « René, pour moi, ce que tu appelles Fondo Fuerte ressemble à une roue de chariot. »

Une roue de chariot comprend trois éléments fondamentaux : un moyeu central, huit rayons et un cercle de fer extérieur. Le cercle de fer représente ma défense, la structure qui délimite et protège mon espace d’action. Les huit rayons représentent mes lignes d’attaque et mes directions de déplacement : grâce à eux, je peux organiser les angles, changer la mesure et développer mes actions. Le moyeu représente le centre de l’action, le point de référence autour duquel s’organise l’ensemble.

Je lui ai alors exposé un principe fondamental à mes yeux : « Le combat doit tourner autour de moi. Ce n’est pas à moi de tourner autour du combat. »

Cette phrase résumait une part importante du Tres, Tres. Je ne voulais pas poursuivre sans cesse les mouvements de l’adversaire au point de perdre ma propre organisation. Je voulais apprendre à gérer le centre de l’action, contrôler la distance et choisir les directions favorables.

La roue devenait ainsi un modèle géométrique pour interpréter le combat : le moyeu organisait l’action, les rayons indiquaient les possibilités de mouvement et le cercle constituait la structure défensive. Chaque élément était lié aux autres.

« Three, Three »

Après avoir vu mon travail, René m’a demandé s’il pouvait utiliser mon Tres, Tres. Je me souviens qu’avec sa prononciation américaine, il disait « Three, Three ».

Je lui ai répondu en revenant à la métaphore qui avait accompagné mes recherches : « René, tu m’as montré une boîte de LEGO. Moi, j’ai simplement construit quelque chose de différent de ce qui figurait dans le mode d’emploi. Pour moi, le Latosa Escrima est une toolbox, une boîte de LEGO : un outil permettant de monter ou de démonter toutes sortes de choses. »

C’était ma manière la plus simple de lui expliquer ce que j’avais fait. Je n’avais pas cherché à remplacer les principes qu’il m’avait enseignés, mais à les comprendre et à les utiliser pour créer une construction personnelle.

René Latosa dans mon Académie d’Armes

Pendant cette visite de 2019, j’ai également accompagné René dans mon Académie d’Armes. Je me souviens de sa surprise devant la quantité et la diversité des armes présentes. Aux murs étaient exposés de nombreux kampilan, bolo, barong, taming, des boucliers philippins, des lances et d’autres armes issues des traditions d’escrime des Philippines. Certaines étaient anciennes ou traditionnelles, d’autres destinées à l’étude et à l’entraînement.

À côté de ces armes, j’avais réuni de nombreux simulateurs pour le combat en plein contact, ainsi que des protections et équipements spécifiques. René a observé le tout et m’a demandé pourquoi j’avais organisé la salle ainsi.

Je lui ai répondu : « René, parce que c’est une salle d’armes. Nous ne nous limitons pas à étudier les mouvements ; ici, nous expérimentons le combat en plein contact. Nous sommes des escrimeurs et pratiquons l’escrime philippine avec le même état d’esprit qu’un boxeur lorsqu’il s’entraîne ou qu’un combattant lorsqu’il se prépare à l’affrontement physique.

« Sans simulateurs et protections adaptés, nous risquons de devenir des personnes capables seulement de reproduire des mouvements sans en avoir jamais vérifié l’efficacité. Pour moi, l’escrime philippine est aussi un outil de défense personnelle. Je veux savoir comment je réagis quand l’adversaire résiste, change de distance et cherche réellement à me toucher. Si je n’étudie pas le plein contact, comment puis-je évaluer si ce que je pratique pourra m’être utile au moment où j’en aurai besoin ? »

Telle était la philosophie que j’avais cherché à développer dans mon Académie. La connaissance technique n’était qu’une partie du parcours ; l’autre était l’expérimentation.

La bibliothèque d’escrime et la collection d’armes européennes

Mais un autre aspect de mon Académie a surpris René : la bibliothèque. Au fil des ans, j’avais rassemblé une vaste collection d’ouvrages sur l’histoire de l’escrime, notamment des livres originaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, témoins des enseignements et du savoir des maîtres d’armes du passé. Ma bibliothèque comprenait aussi des traités d’escrime au sabre italien du XXe siècle.

À côté de ces livres se trouvait ma collection de sabres européens, tant des sabres de salle que des sabres de guerre. Ces objets n’étaient pas pour moi de simples décorations, mais des outils de recherche. Les traités permettaient d’étudier la pensée des anciens maîtres ; les sabres donnaient la possibilité d’observer leurs caractéristiques, différences de construction, équilibrage et rapports éventuels avec les systèmes d’escrime pour lesquels ils avaient été conçus.

René a regardé la bibliothèque, les armes philippines, les sabres européens et l’ensemble du matériel. À un moment, il m’a dit : « Alessandro, ce n’est pas une simple salle de sport. Ce n’est même pas seulement une salle d’armes. C’est un véritable musée ! »

Je garde de ces mots un souvenir particulièrement heureux. J’avais voulu créer un lieu où la conservation de l’histoire et l’expérimentation pratique pouvaient coexister : étudier un traité ancien, observer une arme historique, puis approfondir les principes du mouvement par l’entraînement. Je ne voulais pas que l’histoire de l’escrime reste confinée aux pages des livres ; je voulais continuer à l’étudier par la pratique.

René observe le combat en plein contact

Lors d’une séance d’entraînement, René a pu regarder des combats avec deux cadets de mon Académie. Nous utilisions des simulateurs et des protections appropriés, mais les affrontements n’étaient pas chorégraphiés. Les combattants opposaient une réelle résistance et tentaient d’appliquer les principes étudiés dans des conditions dynamiques.

Les protections et simulateurs servaient à réduire les risques de blessure tout en permettant d’expérimenter la pression, le contact et les réactions de l’adversaire. Je tenais à ce que René voie non seulement la partie théorique de mon travail, mais aussi la manière dont nous cherchions à la mettre à l’épreuve. Expliquer un principe est une chose ; essayer de l’appliquer contre un adversaire non coopératif en est une autre.

Je ne prétends pas que le combat protégé reproduise parfaitement toutes les conditions d’un affrontement réel. Je considère néanmoins qu’il constitue un moyen fondamental de vérifier des aspects qui ne se révèlent pas complètement au cours d’exercices prédéfinis. C’est pour cette raison que j’avais consacré autant de temps et de moyens à la construction de mon Académie d’Armes.

Les paroles de René Latosa

À la fin de cette expérience, René m’a adressé des mots que je n’ai jamais oubliés : « Alessandro, tu n’es pas seulement un pratiquant. Tu n’es pas un simple professeur. Tu es un Grand Maître d’Armes. Ce que tu as réalisé au fil de ces années est un travail immense. On dirait presque que tu as réinventé le Latosa Escrima. »

Ces paroles avaient une signification profonde pour moi. Je n’avais jamais cherché à réinventer son système ni à remplacer ses enseignements. Je voulais les comprendre jusqu’au bout. J’avais étudié les principes, les avais expérimentés, confrontés à d’autres expériences d’escrime et tenté d’en explorer les possibilités.

L’escrime européenne, la géométrie du mouvement, les traités anciens, les armes historiques et le combat en plein contact étaient devenus des outils pour approfondir ma connaissance du Latosa Escrima. Le plus important pour moi n’était pas le titre de Grand Maître d’Armes, mais le fait que René avait vu et compris le travail accompli pendant toutes ces années.

Une fois encore, je retrouvais la boîte de LEGO. Je n’avais pas changé les briques fondamentales. J’avais appris à construire autre chose.

Le sens de la Legacy

Aujourd’hui, en repensant à ce parcours, je trouve de plus en plus important de distinguer la conservation d’une tradition de la simple répétition de ses formes. Préserver un enseignement ne signifie pas nécessairement le figer. Cela signifie en comprendre les principes, en respecter l’origine et en transmettre le sens.

Le Latosa Escrima m’a fourni des outils qui m’ont accompagné pendant une grande partie de ma vie. Grâce à eux, j’ai pu développer une recherche personnelle sans oublier les maîtres dont j’ai reçu les enseignements essentiels. Le Tres, Tres fait partie de ce chemin. Il ne prétend pas être la seule interprétation possible des principes du Latosa Escrima ; il résulte de mon expérience, de mes recherches et de ma volonté de continuer à expérimenter.

Je considère qu’un élève doit apprendre à reconnaître la valeur des enseignements reçus, mais aussi à penser de manière autonome. Un maître peut indiquer une direction, montrer un principe et corriger un mouvement ; il ne peut pas se substituer à la compréhension personnelle de l’élève.

Cette responsabilité est encore plus importante quand il s’agit de transmettre un héritage martial. Contribuer à la Latosa Escrima Legacy en Europe signifie pour moi préserver ce qui m’a été transmis tout en encourageant un travail sérieux, conscient et ouvert à l’expérimentation. Cela signifie distinguer les principes fondamentaux des interprétations personnelles, respecter l’histoire sans l’immobiliser, et se rappeler qu’aucun titre, grade ou reconnaissance ne peut remplacer la connaissance, la pratique et la capacité d’enseigner.

La construction continue

Après tant d’années de recherche, ma vision du Latosa Escrima reste liée à l’image qui m’accompagnait dès le départ : une grande boîte de LEGO. Chaque principe est une brique. Chaque expérience peut nous apprendre à l’utiliser. Chaque confrontation peut révéler un lien que nous n’avions pas encore reconnu.

Une construction peut être agrandie, transformée ou démontée pour en comprendre la structure. Mais tout commence par la connaissance des éléments fondamentaux. C’est la leçon que j’ai cherché à transmettre au fil de mon parcours.

Le maître peut vous montrer les briques. Mais apprendre à construire dépend de vous.

Alessandro Fantini
LATOSA® PINOY COMBAT ESCRIMA
LEGACY EUROPE

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